TROISIÈME ÉTAPE (7-17NOV) : TIERRA DEL FUEGO

Je viens d'arriver à Punta Arenas, une ville pas si petite que ça dans le sud de la Patagonie. Le 7, je prendrai le bus pour rejoindre la terre de feu, mais avant ça, j'ai tout le temps de profiter du froid et du vent qu'offre la ville. Je savais qu'il ferait entre 5 et 10 degrés chaque jour, mais le vent qui accompagne cela fait ressentir du -10. J'exagère peut-être un peu mais c'est vraiment difficile à supporter sans vêtements adéquats. Si bien que je reste les deux jours à lire un livre en espagnol, et à étudier, bien au chaud dans une petite auberge. J'ai quand même la chance de faire quelques rencontres, notamment un couple de français parcourant l'Amérique Latine en voiture ou bien un ouvrier chilien, lui aussi toujours en voyage, à la recherche de chantiers à réaliser. Je sais que je reviendrai ici par la suite et donc je ne m'en fait pas trop de ne pas visiter la ville. Le 7, j'embarque dans le bus, direction Serro Sombrero, un petit village, sur la Terre de Feu. Une partie du trajet se fait évidemment en bateau, et c'est très chouette. A Serro Sombrero, Roberto, "el duño" de ma première ferme m'attend, et on fait connaissance. Dans l'email que je lui avait envoyé pour lui demander pour venir chez lui, je lui avait mentionné que j'aimais bien l'astronomie. Aussi, il embraie sur le sujet et me dit que lui et sa famille, ils adorent regarder le ciel, et qu'ils ont déjà vu des extras-terrestres. Très convaincu, pas très convainquant... A la ferme, il y a seulement lui, sa femme, et un ouvrier. Ses 4 enfants sont déjà grands, et partis aux quatre coin du monde. Ca fait peut se gens pour s'occuper d'une ferme de plus de 5000 hectares, et 5000 moutons. Mais en fait, les moutons sont laissés seuls, quasi en liberté dans les immenses pâturages d'herbe de la terre de feu. Il n'y a qu'à vérifier de temps en temps que tout va bien, et bien sur, à aller tous les chercher une à deux fois par an pour les tondre. Et c'est loin d'être un jeu d'enfants. D'abord, comme les distances sont énormes, il faut avoir de bonnes jambes à moins de savoir monter à cheval, ce qui n'est bien entendu pas mon cas. Et puis, les moutons ne te suivent pas comme pourrait le faire un chien. Il faut les faire avancer pas la peur, en les prenant pas derrière, et avec un chien qui leur aboie dessus. Et cela pendant plusieurs kilomètres. Mais, il n'est pas rare qu'à un moment ou à un autre, un mouton prenne l'initiative d'un autre chemin, presque en sens contraire. S'il n'est pas suivi, pas de problème, il reviendra automatiquement près du troupeau. Mais il suffit, qu'il y en ai deux trois qui le voit pour que tout le troupeau finisse par le suivre. Il faut alors refaire le tour du troupeau pour les reprendre par derrière... Un travail de longue alleine. Après ça, il faut les tondre. Mais ici, au milieu de nul part, il n'y a pas d'électricité, tout fonctionne encore traditionnellement, avec la paire de ciseaux, et le mouton à tes pieds. Lorsque je commence, après avoir regarder l'ouvrier en avoir fait deux, trois avec aisance, je me dis que ça devrait aller. En fait, il n'en est rien, et à chaque coup de ciseau, j'ai peur d'entailler la chair du mouton, parce qu'on ne voit pas bien jusqu'où va la laine et ou commence la chaire. De plus, un petit moment inattention, et c'est tout ton mouton qui s'en va. Il faut alors lui courir après dans l'érable, le rattraper, et recommencer la tonde. Chaque jour, il y a quelque chose à faire à la ferme. Que ça soit avec les moutons, ou simplement réparer quelques clôtures, nettoyer l'étable, ou encore tondre la pelouse. Et il y a aussi les dimanches et les temps de pause. J'en profite pour apprendre à faire du quad. Quand je maitrise l'engin, ce qui n'est vraiment pas compliqué en fait, je pars seul sur le chemin de terre près de la ferme, et ou il n'y a jamais personne à la découverte des paysages de la Terre de Feu. Ca a du charme mais c'est pas ce à quoi je m'attendais. De l'herbe, de l'herbe et encore de l'herbe à perte de vue, des terrains très peu vallonnés, et quelques moutons ici et là. Le quad, c'est vraiment très chouette jusqu'au moment où un ennui mécanique survient alors que je suis à une bonne dizaine de kilomètres de la ferme. Le quad s'arrête comme ça, net. Puis il refuse de démarrer. Je sens comme un petit stress monter en moi, et je me résous à le pousser à la main. Mais après 50 mètres, je me rend compte que j'y arriverai jamais, alors je cherche à le rallumer manuellement. Après quelques tentatives, il se remet à rouler mais à 5 km/h alors qu'avant il en faisait du 50. Le retour promet d'être long. Durant toute la route, je stresse qu'il ne tombe en panne, et finalement, cela arrive à 200 mètres de la ferme. 20 minutes après, et avec les bras en compote, j'étais bien au chaud en train de raconter toute l'histoire aux fermiers. Une une expérience inoubliable fut essayer une arme de chasseur, ou encore aller à la pêche sans canne à pêche, seulement avec un fil à faire tournoyer dans les airs pour le lancer le plus loin possible. Finalement, tous ces jours sont passés, très vite, et c'est déjà bientôt l'heure de regagner le continent. Je me rappellerai avant ça toutes les discussions philosophiques que j'ai pues avoir avec Roberto, notamment celles sur le meilleur modèle politique qui puisse y avoir, celles sur les chamans, ou encore celles sur la lutte que chaque homme doit entreprendre selon lui. "A ver", peut-être j'en parlerai plus en détail par la suite dans une autre rubriques. Car pour le moment, "vamos" a Punta Arenas!!